Montmartre est le point culminant de Paris à 128 mètres, une butte dans le 18e arrondissement couronnée par les dômes blanc nacré de la Basilique du Sacré-Cœur, visible depuis presque tous les coins de la ville depuis sa consécration en 1919. En dessous s'étend l'un des quartiers aux couches historiques les plus riches d'Europe — rural et largement indépendant jusqu'à son annexion officielle à Paris en 1860, et toujours obstinément villageois dans son caractère malgré des millions de visiteurs annuels. La plus ancienne église de Paris, Saint-Pierre de Montmartre, se dresse à quelques pas du Sacré-Cœur ; construite en 1147, elle servit d'église à la puissante Abbaye de Montmartre jusqu'à ce que la Révolution la dissolve en 1790. Bien avant l'arrivée des artistes, Montmartre était connue pour ses moulins à vent — à une époque, plus de 30 d'entre eux ponctuaient la butte, broyant le grain et pressant les raisins des vignobles locaux. Le Moulin de la Galette, immortalisé par Auguste Renoir dans son tableau de 1876 Bal du moulin de la Galette, est le dernier moulin survivant, toujours debout rue Lepic.
L'âge d'or bohème du quartier se déroula entre environ 1880 et 1914, lorsque des loyers modestes et une atmosphère libre attirèrent une constellation d'artistes et d'écrivains qui allaient remodeler la culture occidentale. Vincent van Gogh vécut rue Lepic avec son frère Theo de 1886 à 1888, peignant les moulins et les toits alentour. Pablo Picasso arriva en 1900 et s'installa dès 1904 dans l'atelier collectif délabré connu sous le nom de Bateau-Lavoir, place Émile-Goudeau, où il acheva Les Demoiselles d'Avignon en 1907, le tableau largement crédité du lancement du Cubisme. Amedeo Modigliani, Henri Matisse et Georges Braque eurent tous des liens importants avec la butte. À la même époque, le Boulevard de Clichy, au pied de Montmartre, était l'épicentre de la vie nocturne parisienne : le cabaret du Moulin Rouge y ouvrit ses portes en 1889 et rendit le french cancan célèbre dans le monde entier, tandis que le théâtre de l'Elysée Montmartre — ouvert encore plus tôt, en 1807 — accueillit certaines des représentations les plus énergiques de la ville. Avant les ateliers d'artistes, certaines parties de Montmartre étaient dans une pauvreté criante ; le Maquis de Montmartre, un vaste bidonville de constructions en bois et en matériaux de récupération, occupait ce qui est aujourd'hui le secteur des rues Girardon, Lepic et Caulaincourt, et était considéré comme dangereux après la tombée de la nuit.
Le visiteur d'aujourd'hui découvre un quartier à la fois saturé de touristes et véritablement atmosphérique, selon l'endroit et le moment où il l'explore. La place du Tertre, l'ancienne place du village juste derrière le Sacré-Cœur, est occupée par des portraitistes et des caricaturistes depuis bien plus d'un siècle et reste bondée du matin au soir. La véritable texture de Montmartre se révèle dans ses escaliers et ses ruelles : la rue Foyatier, une rue composée entièrement de 220 marches, relie le pied de la butte à l'esplanade du Sacré-Cœur, et les ruelles environnantes de la rue Lepic, de la rue des Abbesses et de la rue Norvins serpentent devant des murs couverts de lierre, des vignobles cachés (le Clos Montmartre produit encore environ 1 500 bouteilles de vin par an, mises aux enchères chaque octobre lors de la Fête des Vendanges) et de petites places qui semblent totalement coupées des grands boulevards parisiens en contrebas. Le Musée de Montmartre, installé dans un manoir du XVIIe siècle au 12 rue Cortot où Renoir lui-même eut jadis un atelier, offre une chronologie complète de l'histoire artistique et sociale de la butte.
Pour une visite qui récompense plutôt qu'elle ne frustre, le choix du moment est primordial. Les matinées en semaine avant 10 h permettent d'accéder aux escaliers et à la place du Tertre sans la cohue du week-end. Les stations de métro les plus proches sont Abbesses (ligne 12), qui dépose les visiteurs directement au cœur du quartier, et Anvers (ligne 2), depuis laquelle un funiculaire monte jusqu'à l'esplanade du Sacré-Cœur pour ceux qui préfèrent éviter les 220 marches de la rue Foyatier. La rue des Abbesses elle-même — bordée de boutiques de mode indépendantes, de boulangeries et de bars à vins — est la rue que les habitants de Montmartre empruntent réellement au quotidien, et passer une heure en leur compagnie autour d'un café sur l'une de ses terrasses donne un aperçu bien plus authentique du quartier que le seul circuit touristique. Un spectacle du Moulin Rouge en soirée, réservé à l'avance, demeure un élément véritablement spectaculaire du patrimoine théâtral parisien, qui mérite d'être vécu pour ce qu'il est.