Le Teatro alla Scala — universellement connu sous le nom de La Scala — s'élève sur la Piazza della Scala, au cœur de Milan, en tant que salle d'opéra la plus célébrée au monde. Ses origines remontent à un incendie survenu le 26 février 1776, qui détruisit le Théâtre Royal Ducal, foyer lyrique de Milan. L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche autorisa immédiatement la construction d'un nouvel édifice, et l'architecte Giuseppe Piermarini livra un chef-d'œuvre du style néoclassique. Le théâtre fut inauguré le 3 août 1778 avec l'opéra Europa riconosciuta d'Antonio Salieri, commandé spécialement pour l'occasion. La façade sobrement crème du bâtiment, avec son portique à arcades caractéristique, dissimule la splendeur intérieure : une salle en fer à cheval enveloppée de six niveaux de loges dorées, pouvant accueillir environ 2 030 spectateurs, auxquels s'ajoutent 200 places debout au poulailler.
L'héritage artistique de La Scala est sans égal dans le monde lyrique. Le théâtre a accueilli les premières mondiales de certaines des œuvres les plus durables du répertoire, notamment La straniera (1829) et Norma (1831) de Vincenzo Bellini, Lucrezia Borgia (1833) de Gaetano Donizetti, ainsi qu'Otello (1887) et Falstaff (1893) de Giuseppe Verdi, que ce dernier créa ici sous la direction du chef d'orchestre Franco Faccio. Giacomo Puccini entretenait lui aussi des liens étroits avec la maison. Au XXe siècle, la soprano Maria Callas électrisa le public de La Scala tout au long des années 1950, redéfinissant l'art du bel canto et consolidant le statut du théâtre comme arène suprême de l'excellence lyrique. La saison annuelle s'ouvre traditionnellement le 7 décembre — jour de la fête de Sant'Ambrogio, saint patron de Milan — un événement culturel d'une telle importance civique qu'il est diffusé en direct sur la télévision nationale italienne.
Le théâtre subit de graves dommages lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale : la toiture, la scène et une grande partie des intérieurs furent détruits lors des raids aériens alliés d'août 1943. Il fut reconstruit à une vitesse remarquable sous la direction du chef d'orchestre Arturo Toscanini — lui-même ancien directeur musical de La Scala — et rouvrit ses portes le 11 mai 1946 avec un concert mémorable comprenant des œuvres de Rossini, Verdi, Boito et Puccini. Une rénovation plus approfondie, menée entre 2002 et 2004 par l'architecte Mario Botta, modernisa les machineries de scène et les équipements des coulisses, tout en préservant l'aspect historique de la salle du XVIIIe siècle. Les visiteurs peuvent explorer des siècles de patrimoine lyrique au Museo Teatrale alla Scala attenant, dont la collection comprend des portraits peints de chanteurs légendaires, des costumes originaux, de rares instruments de musique, des baguettes de chef d'orchestre et des partitions annotées, retraçant l'histoire complète de l'opéra et du ballet européens.
Assister à un spectacle à La Scala est une expérience régie par la tradition : la tenue de soirée est de mise dans les loges et les fauteuils d'orchestre, et le public — averti et expressif — n'hésite pas à applaudir ou, en de rares occasions, à huer. Les billets pour les productions les plus prisées s'arrachent des mois à l'avance ; il est donc indispensable de réserver via le site officiel le plus tôt possible. Pour ceux qui ne peuvent assister à un spectacle, des visites guidées de la salle en journée sont disponibles, sous réserve du calendrier des répétitions. Le musée est ouvert tous les jours et offre une visite autonome très enrichissante. Le théâtre est à cinq minutes à pied du Dôme de Milan, ce qui en fait une étape facile et incontournable lors de tout séjour dans la ville.