La Place du Jeu de Balle est l'âme des Marolles, le quartier le plus authentiquement populaire de Bruxelles, un dense quadrillage de rues coincé entre le Palais de Justice sur la colline et les grands boulevards en contrebas. La place fut tracée en 1854 et tient son nom de la balle pelote — ancêtre du tennis moderne, alors extrêmement prisé des Bruxellois du XIXe siècle, qui se jouait sur ce terrain même avant que le site ne soit réaménagé. Dès la première année, la place absorbait déjà le commerce informel de rue de la ville, et le Vieux Marché y fonctionne chaque matin sans interruption depuis lors, ce qui en fait le plus ancien et le plus grand marché aux puces quotidien de Belgique.
Ce qui s'est accumulé ici au fil de 170 ans n'est pas une foire aux antiquités soigneusement sélectionnée, mais un véritable balayage du plancher urbain : des étals empilés de pieds de lampes Art déco, de peintures à l'huile flamandes à la provenance incertaine, d'appareils photo de l'ère soviétique, de dentelle des Marolles, de chandeliers en laiton, de vinyles des années 1970, de médailles militaires et de dentelle bruxelloise, aux côtés de montagnes de vêtements d'occasion ordinaires. Le caractère du marché est façonné par le quartier lui-même — historiquement refuge des immigrants, des artisans et des pauvres de la ville, et encore farouchement résistant à la gentrification qui s'est insinuée à ses abords. Le dialecte local, le Brusseleer, mélange en voie de disparition du français et du néerlandais, s'entend encore parfois entre les étals. La place est ancrée d'un côté par l'impressionnante ancienne caserne des pompiers de Bruxelles, dont le portique néo-Renaissance rappelle qu'autrefois la ville civique voyait ici un centre de vie de quartier.
Le marché se tient tous les jours de 6 h à 14 h environ, et les acheteurs sérieux — marchands, décorateurs d'intérieur, collectionneurs — arrivent avant 8 h, lorsque les meilleures pièces partent rapidement. Les matinées du week-end attirent les plus grandes foules et la plus grande diversité de vendeurs. Chaque année le 20 juillet, veille de la Fête nationale belge, la place accueille le Bal National, se transformant en piste de danse en plein air qui distille le Bruxelles festif, sans fioriture et entièrement authentique que les touristes trouvent rarement ailleurs.
Les visiteurs devraient arriver à pied par la rue Haute ou la rue Blaes en pente — toutes deux bordées de marchands permanents d'antiquités et de bric-à-brac dont les boutiques prolongent la logique du marché bien au-delà de la place elle-même. L'argent liquide est indispensable ; la plupart des vendeurs n'acceptent pas les cartes. Le marchandage est attendu et apprécié, mais pratiqué avec bonne humeur plutôt qu'avec agressivité. Ensuite, les cafés des Marolles alentour — notamment ceux de la rue Blaes — servent une cuisine belge bon marché et généreuse à une clientèle de vendeurs, de riverains et de l'occasionnel collectionneur à l'œil aiguisé qui vient de dénicher quelque chose d'extraordinaire pour cinq euros.